"Dès que l'on relâche cette saisie,
L'espace est là, ouvert, hospitalier et confortable.
Alors profites en. Tout est à toi déjà."
(Guendun Rimpoche)
J'ai parfois entendu dire que, si l'on avait pas envie de méditer on ne devrait pas le faire, ou encore, que la méditation effectuée tous les jours peut vite apparaître comme une corvée. Si cela
peut apparaître comme tel, on peut se demander qu'elle est la raison d'une différence entre méditer chaque jours et le faire de manière irrégulière.
Pour certaines personnes, une pratique journalière deviendrait une obligation et dénaturerait la méditation, pour d'autres il s'avère qu'ils manquent de temps pour effectuer cette activité chaque
jours etc...
Par rapport à ces réflexions et cette approche, j'ai pensé qu'il serait utile d'écrire un petit article sur le sujet.
Une méditation quotidienne.
Chaque jours, je me lève, je vaque à mes occupations, réponds à mes besoins vitaux et je médite. La première chose que modifie le fait de pratiquer tous les jours, c'est la perception de cette
pratique, non plus comme étant exceptionnelle et hors de notre vie quotidienne mais bien faisant corps avec celle-ci.
On pourrait voir la méditation comme l'activité laborieuse de la journée, que l'on fait parfois avec résignation. Mais cela est une fausse excuse car l'on est amené à faire beaucoup de choses
parfois avec l'absence d'envie (faire la vaisselle, remplir la paperasse...) et il ne m'apparaît dès lors pas négatif que parfois, nous n'ayons pas envie de méditer.
On arrive donc tout d'abord sur une notion d'envie qui est souvent l'ultime excuse pour ne pas s'adonner à la pratique, "Je n'ai pas envie donc je ne vois pas pourquoi je le ferais". Généralement,
je ne réponds pas à cette excuse car elle est presque légitime pour la personne et implique la grande nécessité que la pratique soit vue comme une activité fondamentale et essentielle à notre vie.
Ce n'est pas une pratique à imposer de type "vas méditer sinon tu seras privé de dessert !"
C'est une première différence de la pratique journalière qui est vue comme tout aussi importante que le fait de manger ou de dormir. Cela ne s'apprend pas je crois mais se réalise par une prise de
conscience ou une compréhension du rôle de la pratique au fil du temps.
Le fait de l'absence d'envie n'est pas forcément un problème en soi. Cela peut se comprendre car ce n'est pas une pratique très amusante non plus et nous avons très vite fait de penser à quelque
chose de plus excitant...
Le soucis n'est alors pas ici sur la vision que l'on a de la pratique mais bien de l'importance que l'on accorde à notre envie. Selon moi, il est faut de croire que l'on puisse agir dans notre vie
suivant nos multiples envies, comme des enfants insouciants qui seraient libres de tout. Cependant, on s'accorde à donner une importance extrême à ces envies lorsque nous cherchons une excuse pour
ne pas faire quelque chose.
Mais ces envies ne sont pas différentes des pensées et de nos projections, elles se dissolvent si on les laisse s'évaporer. Une fois sur le Zafu, au bout de quelques instants, où est passé ce refus
qui s'élevait contre le fait de méditer ? La méditation ne se trouve généralement pas dénaturée par l'absence d'envie de pratiquer.
Les apports d'une méditation chaque jours.
Yudo me disait que selon lui, il valait mieux méditer 5 minutes que pas du tout et c'est par cela que j'ai commencé à pratiquer tous les jours, en augmentant le temps progressivement au fur et à
mesure que la pratique prenait une place dans mes activités de la journée. Cette façon de pratiquer est selon moi essentielle car une pratique irrégulière (que j'ai pratiqué pendant des années
auparavant) n'apporte pas la même chose, même si c'est une manière abordable et honorable de s'approcher de la méditation.
Nishijima donnait l'image de la méditation quotidienne comme le son et la vibration produite par un bol chantant (ou une cloche). Lorsque l'on tape dessus, une vibration se produit. Celle-ci va
résonner pendant un certains temps avant de faiblir et que le silence ne revienne. Mais lorsque l'on tape régulièrement dessus, la vibration ne s'arrête pas puisqu'elle est relancée.
Le processus est le même en méditation. A la fin de la pratique, il y a le plus souvent un calme de l'esprit et une sérénité que se sont installés, on peut se sentir comme rafraîchit et réveillé.
Mais cela ne dure qu'un temps et s'amenuise progressivement si l'on ne répète pas la pratique. Ainsi, pratiquer chaque jour est censé relancer ce processus et installer une sérénité et un calme
mental plus durable.
Bien sûr, cela n'est qu'une image et le phénomène s'avère forcement être plus complexe mais l'idée est là.
Les apports sont également physiques. La posture de méditation n'est pas spécialement confortable pour les personnes qui manquent de souplesse. A côté de la pratique, on peut faire des étirements
qui éviteront des douleurs et les mauvaises positions mais il est nécessaire d'entretenir une souplesse qui se perd vite.
Une pratique quotidienne a alors pour effet de conserver avec plus de facilité la souplesse nécessaire à réaliser la posture correctement sans se faire mal.
On prendra également plus l'habitude de la rectitude de la colonne vertébrale et du relâchement musculaire que l'on essaye d'avoir durant la pratique.
Méditation et approche bouddhiste.
Le fait que l'on parle de l'absence d'envie de méditer implique une chose importante dans l'approche quotidienne de la méditation. Elle implique que dans le Bouddhisme, toujours selon moi, il n'y a
pas de raison suffisante pour se laisser aller à des sentiments aussi forts que la colère, la haine, la dépression etc... Pourtant cela s'avère extrêmement dur à expliquer à quelqu'un. Ne pas
s'adonner à la colère, pour des gens qui y sont habitués, ce n'est pas si facile et dans l'action, on n'y pense pas nécessairement.
A côté de cela, on dit que le bouddhisme n'est pas une thérapie et que la méditation non plus (au contraire, pour certaines personnes j'aurais tendance à encourager le fait d'effectuer une thérapie
au préalable ou en parallèle). Donc, surtout dans le zen, il n'existe pas de méthode à proprement parler pour apprendre à gérer ses émotions soudaines et intenses. Comment, dans ce cas, apprendre
une chose sans l'apprendre ?
On en revient à des concepts de l'apprentissage. Et je crois que beaucoup de choses marchent ainsi dans le zen, on les apprend sans que ceux-ci soient enseignés directement. La gestion des émotions
fait partit de cet apprentissage implicite, pour autant que l'on se plie à la pratique de la méditation dans les règles prescrites, c'est à dire chaque jour. Ne pas le faire, c'est comme ne pas
respecter l'ordonnance du médecin en quelque sorte.
Lorsque quelqu'un grince des dents en me disant "Moi je médite pas tous les jours, il y a des jours où je n'ai pas la tête à cela, où je ne suis pas d'humeur, si je rentre du boulot énervé, si je
suis trop fatigué, etc...". Cela pour moi fait appel à une attitude qu'implique la pratique de la méditation, qui est de s'asseoir et d'être à ce que l'on fait du mieux possible.
Et ceci fonctionne quelque soit l'état d'esprit dans lequel on peut être avant. Bien sûr, d'être énervé ne facilitera peut être pas les choses, mais comme la plupart des émotions, sentiments et
pensées, il s'évaporera. Et si il ne le fait pas, la pratique l'érodera, ce n'est pas un problème.
Cette approche de la pratique implique que l'on développe sans s'en rendre compte la capacité à s'extraire de ses émotions ou de ses états d'esprits, à opérer un détachement, pour retourner vers
une manière d'être plus calme et équilibrée.
Si tout les jours, à un moment de la journée, quelque soit l'état d'esprit du moment, on prend la décision de s'en extraire pour, pendant un quart d'heure, 20 minutes ou une demie heure, s'adonner
à la méditation, alors avec le temps cela deviendra une manière d'être dans les situations de la vie courante.
La même situation se produit lorsque deux personnes d'un couple se disputent et qu'au bout d'un certains temps, lorsqu'on leur demande les raisons de la dispute... L'un ou l'autre ne s'en
souviennent pas forcement.
Tentez de vous souvenir de vos émotions (agacements, colère, fatigue) après la pratique (surtout si elle dure une demie heure), je ne suis pas assuré de votre succès. Tellement d'eau sera passé
sous les ponts... (de pensées dans votre tête).
Ce sont des éléments importants dans le bouddhisme car le détachement (le lâcher-prise ?) fait appel au fait de ne plus être dans l'illusion de ses émotions (et de leur expression) comme une
définition de nous-même. Si elles ne sont pas des expressions de nous-même, si nous ne nous identifions pas à elles, alors il n'y a aucune raison de s'y attacher et que cela nous empêche de nous
tourner vers la pratique méditative que nous avons à effectuer.
Ainsi, certains apprentissages passent aussi par la prescription que l'on fait de la pratique et d'autres éléments du bouddhisme qui apportent des enseignements que l'on ne soupçonne parfois
pas.
Dams