Mercredi 23 décembre 2009
3
23
/12
/Déc
/2009
16:07
"L'essentiel dans l'éducation,
Ce n'est pas la doctrine enseignée,
C'est l'éveil"
(Ernest Renan)
Ce n'est pas la doctrine enseignée,
C'est l'éveil"
(Ernest Renan)

L'essentiel, un mot qui pourrait colporter une certaine poésie mêlée d'un sens pratique. Désigner ce qu'il reste de plus important lorsque l'on a enlevé le superflu. C'est cela l'essentiel.
Mais l'essentiel pourrait constituer toutes les petites choses si importantes que pourtant personne ne nous a enseigné. Des détails fondamentaux quie nous avons appris par nous même, bien souvent inconsciemment, et qui possèdent pourtant une grande action ce toutes les pratiques que nous entreprenons autour.
Si l'essentiel ne s'apprend pas, nous pouvons cependant à chaque instant y revenir, reprendre des éléments les plus simples comme si l'on se rendait compte de leur richesse. Cela peut constituer des actions simples telle que la vision ou la respiration et également des approches plus globales comme le relâchement ou la souplesse.
Mais toute ces choses allant de soi et essentielles sont-elles vraiment maîtrisées ? Sur quoi agissent-elles ?
Je vais débuter ce qui ressemble à une série d'article sur le thème de l'essentiel par l'étude des 5 sens.
LES 5 SENS.
Nous ne fixons que peu notre attention sur nos 5 sens alors qu'ils constituent pourtant l'essentiel de notre perception de la réalité extérieure. Mais pour porter cette attention, il nous faut prendre note des liens particuliers entre notre mental et ses 5 sens.
Lorsque nous prêtons attention à ces liens, on peut se rendre compte que toutes nos structures mentales s'avèrent constituées des informations recueillies puis traitées par le cerveau. En fait, on peut dire que toutes nos pensées ont pour substrat les informations sensorielles. Cela signifie plusieurs choses :
Premièrement, que nos pensées prennent nécessairement toutes leur sources à l'extérieur et ne sont pas auto-produites par notre mental.
En second lieu que notre mental se construira sur les éléments sensoriels qu'il a à sa disposition et produire une réponse non pas à ce qui est mais à ce qu'il a reçu.
En troisième lieu, que le fonctionnement mental traitera les informations suivant des bases invariables qui sont en général une indivision de l'extérieur et de l'intérieur par inattention envers les systèmes intermédiaires (les sens).
Dans ce cadre, il est alors nécessaire de prendre conscience de ses 5 sens pour prendre conscience d'une partie de la réalité à laquelle nous ne faisions nullement attention, un peu comme la personne qui cherche ses lunettes alors qu'il les a sur le nez...
Ici, c'est la même chose. L'essentiel ne correspond pas tant à vos facultés sensorielles qu'aux informations qui existent à l'état latent. Nous serons bien d'accord qu'une personne vue par quelqu'un qui possède une déficience visuelle et une autre n'en possédant pas est, dans les deux cas, similaire. C'est la perception de l'un et l'autre qui la rendra floue aux yeux de l'un et nette aux yeux de l'autre.
Cela ne toucherait pas au but si l'on s'arrêtait là puisque nous sommes encore dans une problématique particulière. Nous portons toujours plus notre attention sur le but visé que sur les moyens que nous utilisons pour y arriver.
Un exemple courant dans notre société actuelle se base notamment sur la vision. Notre but est toujours le même, voir ce que nous avons devant nous, voir des lettres, et cela sans étudier la chaîne de perception (objet à percevoir, organe sensoriel, cerveau). La solution apparaît dans ce cas directement, il faut des lunettes pour corriger la chaîne entre l'organe sensoriel et l'objet perçu, et nous oublions de fait tout le reste de la chaîne comme si cela n'avait aucune importance pour la vue. Même dans le cadre d'un port de lunettes, l'organe sensoriel est négligé puisqu'on en déduit directement qu'il est défectueux et que ceci est irréversible.
La vue ne se limite cependant pas à cela, il faut également s'intéresser à l'organe lui-même et le traitement de l'information par le cerveau.
S'intéresser à l'organe lui-même, c'est se rendre compte des mécanismes de l'oeil. C'est se rendre compte que l'oeil, comme la plupart des autres parties de notre corps, possède un fonctionnement optimal lorsqu'il est détendu et que sa sollicitation doit être périodique et non constante.
Ces approches sont connus dans les domaines ésotériques, chamanique et de l'hypnose puisque les états hypnotiques et de transes sont en général induit notamment par une tension plus ou moins extrême des yeux, ou à l'inverse un état de fatigue provoqué par une tension soutenue. Mais curieusement, des professionnels de l'oeil ne tiennent pas compte de ces facteurs qui sont pourtant essentiels.
S'intéresser au traitement mental de l'information visuelle s'avère tout aussi important puisque si l'information n'est pas traitée correctement, alors les associations ne peuvent se faire. La mémorisation des éléments visuels s'avère par exemple importante pour faciliter la vision envers les objets connus et participer à une détente visuelle.
Là encore, on connaît ces techniques dans les domaines alternatifs où l'on utilise beaucoup la visualisation par exemple. Les approches mnémotechniques vont également utiliser beaucoup les associations visuelles pour accroître la mémoire.
Aborder uniquement la vue n'est pas suffisant car les autres sens peuvent également être tout aussi poussés. De plus, il est également évident que les 5 sens s'entremêlent, ce qui rend d'autant plus intéressant de s'intéresser à eux.
On dit souvent du sens de l'odorat qu'il s'associe à d'autres souvenirs, le parfum d'une femme nous rappelle la douceur de ses cheveux ou le grain de sa peau, les odeurs de lait pour bébé nous remémore des souvenirs de bambins et des cris de bébé etc...
Le nez perçoit des choses souvent très éphémères, une odeur dans la rue qui a déjà disparu à la seconde respiration où l'on pensait retrouver cette senteur par exemple. Et du coup, ces associations sensorielles pour se souvenir s'avèrent importantes pour se constituer une banque de donnée olfactive et refaire l'association en sens inverse. L'odorat peut s'affiner notamment en affinant donc les associations mais également en apprenant les meilleurs techniques pour capter les odeurs, non pas forcement en reniflant comme un chien (enfin moi je le fais car ça me fait rire... bref passons) mais peut être plus en ayant une inspiration nasale particulière et douce (donc détendue), suivie d'une expiration par la bouche.
Le toucher ne doit pareillement pas ce limiter à une mise en contact mais qui semble parfois plus se rapprocher de ce même contact visuel que vraiment s'apparentant à toucher quelqu'un (ou quelque chose).
Le toucher est un échange d'information entre deux éléments, lorsque l'on touche une personne, il y a un don d'information autant qu'une réception. En fait, le don altère lui-même la qualité de l'information reçue. Par exemple, un effleurement fera plus l'effet d'une caresse pour l'autre et donnera des informations sur la douceur de la peau. Un toucher plus appuyé sera plus à même de renseigner sur l'élasticité ou la fermeté des tissus et l'autre percevra plus celui-ci comme une palpation ou un massage. Un pincement peut paraître agressif ou câlin et il peut renseigner sur une composition des tissus (muscles, graisse...) et leur tonicité.
Là également, il y a association dans le mental avec d'autres sens, notamment le visuel qui a tendance à prédominer. Ainsi de nombreuses représentations spatiales passent par la vue, à laquelle on accorde ensuite le toucher (notamment le fait de taper sur un clavier où il y a clairement le fonctionnement du visuel de la touche associé à un mouvement des doigts sur un espace précis. Alors que l'on pourrait peut être faire des claviers en braille où le doigt serait à même de reconnaître la bonne touche par le toucher et non par la vision et la représentation mentale).
Le goût est tout aussi intéressant lorsque l'on s'y intéresse puisqu'on va l'associer encore une fois à un sens visuel. Lorsque je veux me souvenir du goût des haricots, je passe d'abord pour ma part par une image du haricot. Si je développe plus mon souvenir, je pourrais élargir le souvenir aux zones particulières que le haricot fait travailler dans ma bouche, si il me fait plus saliver ou pas.
Beaucoup de personnes (dont moi) sommes occupés à d'autres choses lorsque l'on mange. Cela n'est pas fait pour apprécier la nourriture et épanouir notre sens du goût. En remettant notre attention sur les aliments, on est plus à même de faire travailler notre façon de percevoir les goûts (par une mastication plus importante ou du fait de laisser l'aliment sur la langue un instant par exemple) et, là encore, d'effectuer le maximum d'associations mentales de ce goût à un objet visuel mais également en lien avec l'odorat.
A regarder la télévision et à parler lors des repas, ce n'est pas une simple attention qui n'est pas mise dans la bonne action, c'est notre alimentation elle-même qui s'appauvrie par le simple fait de cette absence de conscience.
Le moyen le plus radicale de rétablir un minimum de goût se retrouve dans le fait de saler ou sucrer trop les aliments, histoire d'en faire ressortir un goût facilement identifiable sans avoir travailler notre attention ou épanouie notre sens du goût...
Notre alimentation dépendrait-elle pour une part de l'épanouissement de notre sens du goût ? Pour moi c'est le cas, si l'on s'intéresse à ce que l'on goûte (et donc mange), cela s'accompagnera alors d'une curiosité au goût et d'une envie d'élargir notre palette de goûts, au lieu de la restreindre. D'une curiosité à la préparation des plats au lieu d'une approche expéditive.
L'ouïe peut être le dernier sens que je cite, mais pas le moins solliciter dans une société où nous sommes entourés constamment de bruits parasites, dont on a tendance à se protéger par d'autres sources sonores que l'on superpose à ces bruits (musique, télévision...). Lorsque je vois des adolescents que le silence dérange, il y a peut être un soucis.
Les informations sonores sont aujourd'hui devenues soit de la pollution sonore (bruit des voitures, sonneries de téléphones, radio et musique dans chaque commerce...) ou un élément d'isolation sensorielle (mp3 aux oreilles). Heureusement, pour d'autres cela s'exprime par une écoute attentive de musiques choisies consciemment ou de l'écoute des bruits de la nature.
Là encore, notre attention ne se porte pas nécessairement sur ce que nous entendons car nous nous sommes habitués à subir comme des nuisances sonores, qui s'avèrent fatiguantes. Si l'on y prête attention, on peut vite se rendre compte qu'il y a une saturation d'informations sonores dont il est difficile de se prémunir à part de s'y habituer, perdant du même coup de nombreuses subtilité sonores et l'intérêt du détails. Pourtant, ce sont bien également les informations sonores qui créent un univers riche en s'associant aux autres éléments sensoriels. Lorsque je me souviens d'un lieu, j'associe l'image de ce lieu à l'odeur et également à la musique que j'y ai entendue, aux discussions ou à différents bruits qui peuvent y être liés. Par exemple, je me rappelle de ma visite au louvre par les bruits de conversations mais aussi ce bruit particulier des chaussures accrochant légèrement sur les pavés, ce crissement pas très agréable et d'un silence sourd parfois.
On peut s'entraîner là-aussi à avoir une sorte de détente dans l'audition. Le fait par exemple d'écouter les même musiques conditionne notre ouïe. Le fait de sons toujours nouveaux nous apprend à avoir une attention ouverte et détendue à ce que nous entendons, améliorant également de fait la qualité de mémorisation de ce que nous entendons. L'attention portée sur l'ouïe peut également vous permettre de prendre conscience de tous les petits bruits parasites existants, en provenance des objets électriques (pc, chargeurs, réfrigérateurs...) qui produisent une trame sonore ininterrompue (jour et nuit) pouvant être à l'origine de tensions physiques et mentales.
Les Taoïstes mettent souvent en avant le fait qu'une personne fasse du bruit ou pas, notamment lors de ses mouvements et déplacements. En Zazen, l'accent est mis également sur le fait de respirer silencieusement. Cela peut paraître un peu forcé d'aspirer à avoir une attitude silencieuse mais il est vrai que le bruit que l'on produit est d'une grande importance dans le monde sonore et donc dans le monde lui-même.
Prend conscience de l'importance des sons c'est se rendre compte de leur portée bénéfique ou à l'inverse nuisible. Etre attentif au monde sonore que nous restitue notre ouïe, c'est devenir attentif à cet échange sonore entre le monde et nous-même. Bien entendu, cet échange entre nous et le monde se réfère aux 5 sens.
Votre physique, votre habillement et maquillage donneront une image visuelle de vous-même aux autres. A vous d'en être conscient (beaucoup de gens le sont je crois sur ce point) et de choisir l'image que vous souhaitez renvoyer, les réactions que vous souhaitez susciter, puisque cela provoque toujours une réaction d'après les informations visuelles que vous allez donner.
On peut voir cela au choix de la couleur des vêtements en ésotérisme par rapport aux éléments associés à une couleur particulière.
Olfactivement, vous choisissez votre parfum et déodorant (si cher à nos sociétés modernes) selon vos goûts mais surtout selon l'image que cette senteur va renvoyer, si elle s'accorde bien avec vous et suivant les expériences associées à ces parfums. Mais l'affinement de l'odorat est-il propice à l'utilisation intempestive de parfums ? On dit des huiles essentielles qu'elles peuvent être diffusées aussi bien pour parfumer que pour avoir des vertues thérapeutiques.
Le toucher ne déroge pas à la règle puisque la qualité du toucher est important dans la relation aux autres. On dit d'une poignée de main qu'elle peut renseigner l'autre sur votre personne. Mais le toucher passe autant par la prise de conscience du contact avec l'autre (ou même avec un objet) que de la prise en main de son propre corps et les activités permettant de se sentir bien avec ce corps (arts martiaux, danse, activités physiques), de voir ses limites et de comprendre où se situe son bien être.
Le goût a été abordé plus haut en rapport avec les aliments et la cuisine mais il s'étend également à un indicateur de ce qui peut être bon pour notre corps une fois que l'on s'intéresse de nouveau à ce sens. Lorsque l'on réduit l'accoutumance à la surcharge de sucre et de sel dans les aliments, on peut de nouveau s'ouvrir à des goûts plus particuliers et à réinterpréter la notion que l'on en a pour en agrémenter nos plats par ce biais (épices et plantes). Nos propres capacités à être attentif au goût (qui dépasse le simple cadre des informations des papilles puisque la langue possède elle aussi assurément un lien avec le sens du toucher) pourrait nous amener également à des informations sur notre propre état de santé.
En conclusion de l'approche des 5 sens, il m'apparaît évident que la reprise en main et la compréhension de notre système sensoriel, peut nous amender à avoir des informations beaucoup plus fines que ce que nous croyons.
Le fait d'en prendre soin (tout comme de son corps) permet de développer une compassion envers ses sens et donc soi-même et nous permettre de nous diriger vers une détente et un apaisement des sens.
Bonnes fêtes à tous !
Dams